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Première, Decembre 2001, No. 297 |
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Mulholland Drive Si vous aimez le cinéma et ses chimères (quatre *, meilleur résultat possible) Un film à clé. Après un accident de voiture, une belle brune perd la mémoire et trouve refuge chez une belle blonde fraichement débarquée à Hollywood.. Toutes deux vont essayer de remonter le passé de l´amnsésique, au moyen de quelque indices: une liasse de billets de banque, une mystérieuse clé bleue... Et un film à serrure. Lorsque, aux deux tiers de Mulholland Drive, la clé trouve sa serrure, un fondu au noir nous transporte d´un coup dans un autre univers. Un univers qui ressemble au précédent, puisqu´on peut y voir les memes personnages (un cinéaste, des actrices). Certains d´entre eux ont changé de nom, mais on ne s´en rend pas compte tout de suite. Les lieux ont l´air d´etre les memes, le temps un peu moins. Peut-etre est-il raconté au conditionnel futur alors que précédemment, il était au présent de l´indicatif. Peu importe: c´est comme si on était passé d´un film à un autre, avec suffisamment de correspondances pour que la superposition de deux fragments d´histoires donne un ensemble cohérent. La première partie est plutot classique, et son humeur souriante en ferait la face "claire" de l´ensemble, pour utiliser une logique binaire à laquelle il est difficile d´échapper. Elle est composée de scènes presque toutes anthologiques, qui offrent une gamme variée d´ambiances: comédie, romance, érotisme, suspense. La seconde partie ouvre sur des tableaux plus sombre et oniriques, tout en accentuant l´histoire d´amour entre les deux filles. À moins d´etre préparé par certains des précédents films de Lynch, cette forme de cinéma peut dérouter parce qu´elle s´affranchit de la logique narrative classique qui "ferme" une histoire en donnant des explications. Au contraire, le film est ouvert sur un espace de perception et d´interprétation sans limites. Cette nouvelle forme de cinéma - difficile de qualifier autrement que le lynchien - atteint ici une perfection mesurable par l´extraordinaire plaisir esthétique qu´elle procure (de meme qu´on peut estimer qu´une comédie est réussie parce qu´elle fair rire). S´il ne faut pas chercher à comprendre, on n´est pas perdu pour autant. Bien que Mulholland Drive ne rendre pas hommage à un film précis, il fair appel à une mémoire incosciente du cinéma qui, en réveillant un ensemble de sensations et de réflexes, facilite la compréhension intuitive. À ce titre, il est difficile de ne pas évoquer Sueurs froides, dont le thème du double (la blonde et la brune) a toujours été décliné comme une obsession chez Lynch. Mais on pense surtout à Boulevard du crépuscule, un des grands films à avoir célébré la face sombre du reve hollywoodien. Ce n`est pas un hasard si le boulevard auquel il fait allusion est situé non loin de Mulholland Drive. Gérard Delorme |