L´écran fantastique, No. 53, Février 1985

 

ENTRETIEN AVEC RAFFAELLA DE LAURENTIIS PRODUCTRICE

RAFFAELLA DE LAURENTIIS

Trois semaines avant la sortie de Conan le destructeur, Raffaella De Laurentiis avait trouvé le temps, dans un programme plus que surchargé, de nous parler de sa carrière, de Conan, et surtout de la version filmée de Dune, que tout le monde attend.

On dit tant de choses, dans les milieux cinématographiques, sur la famille De Laurentiis, que nous n´étions pas très surs de l´accueil qui nous serait fait lors de notre entretien avec la fille de Dino de Laurentiis. La surprise n´en fut que plus agréable.

Raffaella De Laurentiis n´est pas seulement très jolie, avec ses cheveux blonds, elle aussi charmante et rieuse. Mais on aurait tort de ne pas la prendre au sérieux: le regard de ses yeux bruns, chaleureuxm, brille d´intelligence et de volonté.

Comment etes-vous devenue productrice?

J´ai commencé à travailler dans le cinéma à l´age de quatorze ou quinze ans. Sur les trois mois de vacances d´été, j´en consacrais habituellement la moitié à une activité dans les studios; je m´occupais des accessoires, des costumes... Je suivais des cours de dessin, d´architecture et de décoration pour le théatre et le cinéma, à l´Académie de Rome. Je pensais que j´aimerais beaucoup travailler dans ce domaine.

Et puis vers dix-huit ans, Visconti m´a confié mon premier travail sérieux, hors de la sphère d´influence paternelle. J´étais assistante costumière pour Ludwig. Ce devait etre une expérience beaucoup plus enrichissante à tous points de vue: j´étais aussi beaucoup mieux payée!

Je crois que c´est le film qui m´a convaincue que je ne serais jamai un génie dans le domaine auquel je m´étais consacrée. Il y a des choses, comme la mise en scène, la création des costumes et la décoration, pour lesquelles il faut avoir une certaine tournure d´esprit. Ce sont des domaines artistique dont mon sens pratique ne s´accomodait guère. Il y avait chez moi un coté pratique qui me poussait souvent à prendre des décisions parce que c´était moins cher, plus commode, plus intelligent ou plus rapide, et jamais parce que ce serait le plus beau costume qu´on ait jamais vu. C´est ainsi que je me suis doucement orientée vers la production, ce que j´ai trouvé beaucoup plus gratifiant.

J´ai demarré comme assistante de production, et j´ai gravi lentement des échelons. Je suis partie pour Tahiti - pour l´ile de Bora Bora, en fait - en 1977, où j´ai supervisé la construction des décors de Hurricane, et notamment de l´hotel. C´est le travail de production le plus ardu que j´aie eu à résoudre, en raison des immenses décors qu´il y avait à ériger, et qui devaient ensuite etre détruits. Nous avions tellement de matériel, et la construction de l´hotel était un tel cassetete que j´ai du rester un an et demi sur place, ce qui n´était pas prévu au programme. Nous avons donc eu amplement le temps de concocter un tout petit film de rien du tout, intitulé Beyond the Reef. C´était ma première expérience dans le domaine de la production. Nous l´avons menée à bien avec seulement quatorze personnes.

Ces deux films étaient pour votre père?

Oui. The Hurricane était un film de Dino. Il était allé s´installer aux Etats-Unis en 1973 alors que moi, j´étais restée en Europe. Et comme ce n´est qu´en 77 que je suis partie pour Tahiti, j´ai travaillé toute seule pendant quatre ans.

Le fait de travailler pour votre père vous a-t-il posé des problèmes psychologiques?

Non. Lorsque je suis rentrée, c´est moi qui ai choisi de rester avec lui. Je m´étais prouvée à moi-meme que je pouvais m´en sortir sans lui, et il aurait été stupide de ne pas travailler avec lui. Il fait tant de choses! Il mène tellement de projets de front qu´il a toujours besoin de gens capables autour de lui pour l´aider. Et dans le mesure où je garde la liberté de ne faire que ce qui me plait, je suis très satisfaite de cette collaboration.

N´avez-vous jamai eu l´impression d´etre victime de préjugés, soit parce que vous étiez la fille de Dino, soit parce que vous étiez une femme, tout simplement?

Plus maintenant. Je crois que j´en ai bavé, au début, plus parce que j´étais la fille de mon père que parce que j´étais une femme. Il y a toujours des gens pour s´imaginer qu´on vous emploie par favoritisme... Mais c´est fini, maintenant; je me suis fait un prénom.

C´est un problème que je ne recontre plus.

Comment avez-vous été impliquée dans le projet de Dune?

C´est une drole d´histoire qui remonte au moment où je suis partie pour Tahiti pour ce qui dévait etre un week-end, et où je suis restée deux ans et demi. Je venais de lire "Dune", et j´avais été enthousiasmée. Je l´ai preté à Dino, à mon frère, à toute la famille. Nous étions devenus de vrais fanatiques de "Dune"!

 

DE RIDLEY SCOTT
A
DAVID LYNCH

Dès ce moment-là, Dino a commencé à essayer d´en acheter les droits, ce qu´il obtint au moment précis ou j´apprenais que je devais rester au bout du monde jusque´à la fin du film. Je lui ai laissé un mot sur son bureau pour lui dire que c´était moi et personne d´autre qui ferait Dune, meme si je devais rester deux ans à Tahiti! Par la suite, quelques années ont passé avant que nous ne montions le projet, en raison des difficultés que nous avons rencontrées avec le scénario.

Pendant un moment, Ridley Scott a été pressenti en tant que metteur en scène...

Il a travaillé sur le script avec l´aide d´un denommé Wurlitzer, mais nous n´avons jamais vu arriver le résultat. Et puis Ridley s´est intéressé à Blade Runner et nous n´avons pas voulu attendre deux ans et demi qu´il finisse son film pour se remettre au travail.

Comment et pourquoi avez-vous retenu David Lynch pour écrire et réaliser le film?

Lors de la sortie d´Elephant Man, Conan était presque terminé et nous cherchions toujours quelqu´un. Tout le mond faisait de la science-fiction, à ce moment-là; de grosses machines de science-fiction. Or Dune, c´était autre chose. Nous avions le sentiment que c´aurait été une erreur de le traiter sur le meme plan, après tant d´années et tous ces films à grand spectacle. Nous avons donc décidé de suivre une voie différente et de chercher un metteur en scène qui avait fait ses preuves dans le traitement des personnages et des sentiments. Tout le monde avait eu les larmes aux yeux en voyant Elephant Man; nous nous sommes dit que c´était l´homme qu´il nous fallait si nous voulions suivre cette direction.

Aviez-vous vu Eraserhead?

Non, je ne l´ai vu qu´après. C´est un film qu´on a du mal à juger objectivement, quand on connait David comme je le connais. Lors de la projection, j´ai ri du début à la fin. Pour moi, c´est du David tout pur: j´y ai retrouvé tout son humour intact. Maintenant, si je ne l´avais pas connu lorsque j´ai vu Eraserhead, je ne sais pas si ca m´aurait tellement amusée. Il est plus probable que je serais sortie avant la fin, alors que là, je ne me suis pas ennuyée une seconde.

Vous avez apparemment d´excellentes relations de travail avec David, puisque vous avez meme d´autres projets?

Oh, nous nous haissons! (rire). Nous avons passé trois ans et demi de nos vies ensemble, David et moi, de neuf heures du matin à honze heures du soir, tout le temps du tournage. Cela fera quatre ans le jour de la sorti du film. Nous disons toujours que c´est pire que si nous avions été mariés: ca en avait tous les inconvénients, mais pas les avantages. Nous avons eu environ une dispute très grave tous les trois mois. Enfin, peut-etre moins: disons tous les quatre mois!

Que pensez-vous du film, en ce moment-là?

Pour l´instant, je suis épuisée. Je n´en peux plus; c´est le pire moment; celui où les frustrations accumulées au cours des quarante-huit semaines de tournage se font sentir. On prend la mesure de sa responsabilité quand on se dit qu´on doit à tout prix sortir le film, et que le moindre jour de retard coute des centaines de milliers de dollars. On pourrait s´imaginer que le plus dur est fait quand le film est dans la boite, et c´est peut-etre vrai pour un film normal, du genre de ceux qu´on voit au bout de vingt semaines; mais pour Dune, ca ne se passe pas ainsi. Il va encore s´écouler une année avant la sortie, une année de: "Alors, ce trucage optique, il est bon? Il est mauvais. Trop clair? Trop sombre?". On en arrive à un tel écoeurement qu´on ne peut plus en avoir une image. Et on a l´impression que les choses avancent si lentement... On donnerait n´importe quoi pour en voir une nouvelle scène de plus, un autre plan d´effets spéciaux...

Enfin, je crois que quand tout sera fini, ce qui ne saurait tarder, malgré tout, le résulat sera très gratifiant. Quel que soit le résultat au box-office, c´est un film magnifique. Il y a là vraiment un effort de renouvellement, et ca se voit.

 

DEMEURER FIDELE
A L´AME
DU ROMAN...

 

Vous aurez du mal à satisfaire tous ceux que le livre a fait rever, de par le monde?

Nous sommes restés fidèles à l´ame du roman. A son esprit. Cela a été un combat de tous les instants, depuis le premier jour. Et pourtant, ce ne sont pas les conseils qui nous ont manqué d´oublier un peu le livre, sous prétexte que ce serait désormais un film... On peut se permettre des libertés dans une certaine mesure, mais à condition de préserver l´esprit de l´oeuvre, son atmosphère. Je sais que des millions de gens ont lu le roman, qu´ils ont maintenant certaines images dans la tete, et que tout ce que nous pourrons leur montrer ne les satisfera pas si ce n´est pas l´exact reflet de ce qu´ils ont imaginé. Mais cela, nous le savions dès le départ. Nous avions parfaitement conscience de la difficulté de l´entreprise.

Il n´a pas du etre très facile non plus de produire Conan the Destroyer en meme temps?

Si je tenais à le faire, c´est surtout que tout le monde m´avait dit que c´était impossible: entreprendre un autre film en meme temps que Dune! Seulement je ne pouvais pas supporter l´idée que quelqu´un d´autre allait faire Conan the Destroyer. J´avais passé deux ans et demi de mon existence sur ce projet, alors, laisser la place à quelqu´un d´autre... J´ai décroché le téléphone et j´ai expliqué à Dino qu´il serait fou de laisser une autre personne produire le film. C´était mon film. "Mais comment vas-tu faire?" m´a-t-il répondu, "tu es déjà sur Dune!". "Ne t´en fais pas pour ca. Donne-moi Arnold, je m´occupe du reste". Et je suis partie pour le Mexique où je m´en suis bien sortie, au prix de quelques tours de passe-passe.

Comme de réutiliser quelques décors de Dune, revus et corrigés pour les besoins de la cause, peute-etre?

Non, non, pas du tout. Nous avons tourné sur les memes plateaux, et nous nous sommes donnés beacoup de mal. Nous avons récupéré du matériel, mais pas les memes décors. C´aurait été impossible. On n´a jamais envie de se faire mal deux fois au meme endroit, tout le meme! D´ailleurs, il y a dans Conan des tas de décors naturels, d´extérieurs, qui n´ont pas été exploités dans Dune.

Il ne nous est arrivé qu´une seule fois de nous retrouver au meme en meme temps; c´était dans le désert, un décor naturel sompeux, et aussi très pratique, dans le nord du Mexique. C´était amusant; sur la dune de droite, il y avait Arnold sur son cheval, des barbares encornés et un squelette de mammouth, et sur la gauche, les Fremen au grand complet, avec leurs distilles, en train d´escalader et de dévaler les dunes. C´était assez drole de voir ces hommes des cavernes s´en donner à coeur joies dans le sable, ceux du passé d´un coté, ceux de dix mille ans dans le futur, de l´autre.

Ce qui m´a posé plus de problèmes, ce fut de garder l´équilibre entre les deux réalisateurs, surtout David, qui est très jaloux! Chaque fois qu´il me posait une question, si je répondais "une seconde, il faut que je m´occupe de Richard", il devenait bleuatre. Sans compter qu´au début, je passais mon temps à appeler Richard, David et David, Richard. Ce qui ne leur faisait vraiment plaisir, ni à l´un, ni à l´autre.

Etait-il décidé depuis le début que vous tourneriez au Mexique? Aviez-vous fait ce choix pour des raisons économiques?

En partie, oui, mais c´était aussie le seul endroit du mond où j´avais pu trouver huit plateaux suffisamment grands pour ce que nous voulions faire, et qui soient libres au moment voulu. Les studios étaient prets à fermer; le gouvernement allait mettre la clé sous la porte. Nous avons utilisé au maximum le potentiel de ces huit plateaux, et plutot deux fois qu´une. Et puis c´était un superbe désert. Je ne m´en suis pas tout de suite rendu compte, mais dès que je m´en suis apercue, nous avons exploité les possibilités de construction en bois offertes par l´environnement. Les artisan mexicains sont très doués pour les travaux minutieux; ils nous ont fait des choses qui n´auraient pas de prix aux Etats-Unis, parce que personne ne sait plus les faire. Et le désert n´était qu´à une heure et demie de route des studios.

Cela dit, le tournage n´a pas toujours été tout seul, le Mexique n´est pas un pays facile, et la technologie y est plutot primitive. Ils ont quarante-cinq ans de retard sur nous, et il fallait tout faire venir d´ici. Ce qui n´arrangeait rien. Mais enfin, c´était un défi intéressant à relever.

Nous avons entendu dire que vous aviez eu des ennuis avec le matériel destiné aux effets spéciaux, qui aurait été confisqué?

Il ne se passait pas une journée qu´on ne nous confisque quelque chose! Et ca a duré deux ans et demi... Il n´y a pas de lois qui régissent le tournage des films, contrairement à ce qui se passe en Tunisie, par exemple, où on peut importer tout son matériel pour la durée du tournage. Ca n´existe pas au Mexique, en dépit des promesses du gouvernement local, qui prétend tout mettre en oeuvre pour aider les productions étrangères et ne fait rien pour cela. Et puis c´est le royaume du bakchich; tout le monde vit à coup de pots-de-vin.. Ils confisquent le matériel pour qu´on les paye pour le récupérer. Ce n´est pas une source de revenus, pour eux; c´est un mode de vie.

Mais si vous comparez les économies réalisées sur le cout de construction des décors aux inconvénients liés à l´importation du matériel, au temps perdu et à tous les ennuis que vous avez pu rencontrer, considérez vous encore le résultat comme positif?

Cela dépend du pays auquel on se réfère. Si l´on compare à l´Espagne, par exemple certainement pas: l´Espagne est un pays magnifique pour travailer; il y a des techniciens formidables, le matériel est irréprochable, mais il n´y a pas de studios comme ceux que nous avons trouvés au Mexique. Nous n´aurions pas pu tourner Dune en Espagne. Ah, s´ils avaient eu les studios qu´il nous fallait, le film aurait couté bien moins cher et nous aurions mis deux fois moins de temps à le faire. C´est comme en Italie; meme problème: ils avaient les techniciens et tout ce qu´il fallait, mais pas de studios assez grands. Et pas de désert! Quant aux Etats-Unis, il ne faut pas y penser; le film nous aurait couté encore beaucoup plus cher ici. En Angleterre, nous aurions dépensé une fortune dans la construcion des décors, et le résultat était un peu plus couteux que la formule que nous avons choisie.

Combien de personnes avez-vous emmenée au Mexique?

Beaucoup. Près de cent-cinquante pour Dune, et cinquante-cinq pour Conan.

Comment peut-on s´occuper de tant de gens pendant aussi longtemps?

Ce n´est pas facile. C´est meme ce qu´il y a de plus difficile dans ce métier. Il y a des tournages en extérieurs qui virent au cauchemar intégral. Mexico est la ville la plus importante du monde: elle est surpeuplée, plus que polluée et l´altitude est beaucoup trop importante pour qu´on puisse respirer. Tout le monde a été malade. J´ai moi-meme attrapé trois fois la salmonellose. Nous avions presque toujours quelque chose qui n´allait pas.

A un moment, vous aviez pressenti John Dykstra pour les effets spéciaux, et ca ne s´est pas fait. Pourquoi?

Parce qu´il a un monde de fonctionnement tel que nous n´avions aucun controle possible sur le cout final, et que je ne peux pas travailler si je ne sais pas ce que cela va couter. Et comme il ne voulait pas travailler selon mes méthodes, et que je ne voulais pas adopter les siennes, il valait mieux nous quitter dès le début.

Vous n´avez jamais craint de vous retrouver sans personne pour faire les effets spéciaux du film?

Oh si! Environ une fois par jour pendant quatre ans!

 

LA REALISATION
DES EFFETS
SPECIAUX

 

Et qu´est-ce qui vous a amenée à choisir Van Der Veer?

Le fait que j´aie finalement décidé que nous ferions nous meme les prises de vues des effets spéciaux. Au départ, je voulais faire appel à l´I.L.M., parce que j´ai d´excellentes relations avec eux. Ce sont des gents sérieux et je les aime beaucoup. Mais il étaient tellement occupés avec Jedi qu´ils ont été obligés de refuser. C´est ainsi que j´ai pensé à John Dykstra car je ne me sentais pas capable de m´en sortir toute seule.

C`est pourtant bien ce que j´ai été obligé de faire quand John nous a quittés. Le role des compagnies spécialisées consiste à effectuer les prises de vues des effets spéciaux: les fonds bleus, les projections frontales, les maquettes - dont ils assurent la construction - et la composition des images. Alors j´ai embauché des maquettistes, j´ai fait faire des maquettes et je les ai fait filmer. J´ai choisi des opérateurs de prises de vues, des spécialistes et ainsi de suite, et j´ai confié la composition des images à Van Der Veer.

Et voilà comment, au lieu de n´avoir affaire qu´à un seul homme, je me suis retrouvée avec vingt-cinq interlocuteurs, tous responsables de leur propre départment et qui, tous, devaient me rendre des comptes. Barry Nolan, de chez Van Der Veer, passait son temps à venir me faire des déclarations du genre: "J´aurai du mal à composer les images si vous ne changez pas légèrement le fond, ou si vous n´éclaircissez pas un peu le premier plan...". Il travaillait en laision étroite avec les autres, mais en fait, il n´était responsable que du mariage des différents éléments, et nous avons tout fait nous memes, en fin de compte. Et c´est ce que j´aurais fait dès le début, si j´avais su. C´est juste que je craignais de manquer d´expérience et que j´avais l´impression d´avoir besoin d´un spécialiste. Ce qui n´a pas été possible.

Avez-vous maintenant le sentiment d´en savoir suffisamment sur les effets spéciaux pour entreprendre seule un Dune II?

Si nous menons ce projet à bien, ou tout autre, c´est ainsi que je ferai, et pas autrement. Etre un bon producteur, cela consiste à prendre constamment la température de son film; à savoir exactement, à tout moment, ce qu´on fait du moindre centime, et pourquoi. Parce que, quand on le sait, on peut prendre la décision de dépenser dix dollars pour obtenir un effet particulier qui en vaudra vingt à l´écran. On ne sert qu`à une chose: en mettre le plus possible sur l´écran. Et cela, on ne peut le faire que si on a les commandes parfaitement en mains. Je ne les avais pas, je n´ai pas vu où passait l´argent et cela ne marchait pas jusq´au moment où j´ai repris le controle des opérations.

Les effets spéciaux ont-ils tous été tournés au Mexique?

Oui. On m´a avait averti que j´étais folle de tourner les effets spéciaux au Mexique, à quoi j´avais répondu que nous avions tourné là-bas neuf mois, que nous y avions un personnel hautement qualifié, des gens qui se connaissaient tous: pourquoi, dans ces conditions, tout laisser tomber pour recommencer ailleurs à zéro? Nous avions constitué une bonne équipe, qu´importaient quatre mois du tournage supplémentaire au Mexique, meme si personne ne l´avait prévu?

Il a fallu faire venir les vers. Nous avions d´abord envisagé de les filmer aux Etats-Unis, avec John Dykstra, mais quand j´ai appelé Carlo Rambaldi, il m´a dit que ses vers marchaient. Er que s´ils marchaient aux Etats-Unis, ils marchaient tout aussi bien au Mexique.

Il les a donc fourrés dans un camion et il est venu nous rejoindre au Mexique.

En fin de compte, tout s´est bien passé. C´était plus dur que prévu, parce que nous avons du tourner en deux mois de temps qu´il n´aurait fallu, mais je suis très contente du résultat. En faisant tout nous memes, nous en donnons plus au spectateur. Autrement, nous aurions été obligés de renoncer à certaines choses, trop onéreuses.

Y a-t-il des choses que vous auriez faites différemment, rétrospectivement?

Oui, tout ce dont nous venons de parler. J´aurais pris l´initiative de faire faire les effets spéciaux moi-meme huit mois plus tot.

Cela ne vous ennuierait pas de nous parler du budget de Dune?

Je peux vous dire que nous somme tout à fait dans les normes, et que le budget du film est nettement inférieur à tous ces chiffres ronflants qu´on peut lire un peu partout. Je pourais vous citer trente films qui ont couté beaucoup plus cher que Dune, et qui n´auraient jamais du couter autant d´argent!