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Première, December 2001, No. 297, p.112-113 |
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Lynch Coté Brune: Laura Elena Harring Dans le peau de Naomi Watts se trouve Laura Elena Harring, 37 ans, plus connue pour son titre de Miss USA 85 que pour ses prestations ciné. Virage inespéré: "Mulholland Drive". Merci qui? Interview C.C. Première / Qu´avez-vous compris de Mulholland Drive? Laura Elena Harring / David m´a dit de jouer mon personnage comme une "poupée cassée" - il a adore les métaphores. J´en déduis que c´est l´histoire d´une femme totalement imprévisible, elle-meme perdue dans un reve hollywoodienne, dans un mond d´illusion où notre esprit ne cesse de nous jouer des tours. En Inde, on dit que l´esprit est un ami ou un ennemi selon ce qu´on en fait. Qui etes-vous vraiment? Je suis née à Sinola, Mexique, et j`ai grandi à Guadalajara, Mexique aussi. Mes parents ont divorcé et ma mère m`a emmenée au texas où elle est devenue une grande dame de l`immobilier. Elle m´a envoyée en pension en Suisse pour apprendre le francais, ce qui n`a pas une réussite. Je suis ensuite partie en Inde faire de l´humanitaire. Je me levais à cinq heures du matin, creusais des puits, entretenais des potagers... Une vraie hippie! De retour aux États-Unis, je me suis lancée dans les concours de beauté pour gagner des voyages - et de l´argent aussi. En 87, un producteur télé m´a repérée et m´a fait faire un téléfilm ["Alamo"] avec Raul Julia dont le jeu m´a tellement impressionnée que j´ai décidé de devenir actrice. Le premier film de Lynch que vous avez vu? Elephant Man. Je ne me souviens plus si c´est vraiment le premier, mais c´est celui qui m´a fait le plus pleurer. La première fois que vous avez rencontré Lynch? C´était il y a dix ans, à une avant-première de Twin Peaks. J´avais fait un film avec le fils de la femme qui faisait le casting. Elle nous a présentés si brièvement qu`il ne s´en souvient plus. Des années plus tard, mon manager m´appelle pour me dire que j´ai rendez-vous avec Lynch le lendemain. J´étais si excitée que, sur la route, paf! j´ai un accident de voiture. J´arrive donce très stressée, explique mon retard, et l´assistante me demande si j´ai lu le script qui commence aussi par un accident de voiture. David et moi avons alors longuement parlé avant de nous revoir pour des essais-caméra avec Naomi Watts. David nous disait de ne pas nous inquiéter: on avait d`ores et déjà les roles. Il ne s`agissait que d´une répétition pour rassurer la chaine qui produirait la série, car "Mulholland Drive" n´était pas encore un film. Puis tout est devenu incertain. La chaine ne voulait plus, David pensait que c´éatit mort... Je n´avais pourtant aucun regret: en Inde, on vous apprend à écouter les vibrations et je savais que le film allait finir par se faire. Le plus difficile sur le tournage? Toutes ces premières scènes du film où je ne me souviens plus de rien: j´ai peur et je suis tormentée.. Je rentrais chez moi épuisée, sans toutefois pouvoir dormir, énervée par le personnage que j´avais été toute la journée. Mon entourage me trouvait faible, confuse... Mais si j´avais joué quelqu´un de fort, on m´aurait trouvée forte. C´est drole comme un role influence l´image qu´on a de soi. Mais David sait comment nous calmer, nous mettre en confiance. Vous savez qu´il médite? C´est pour ca qu´il est si concentré, équilbré. Pour la scène d`maour entre Naomi et moi, il a été un vrai gentleman. Il nous prenait par la main, nous expliquait gentiment ce qu´il voulait. Du coup, embrasser Naomi a été quelque chose de doux, d´érotique. Je n´avais jamais vécu ca. Pourtant, je suis une latine, de celles qui aiment beaucoup les hommes, les machos! Pour revenir à votre question, la scène du diner, à la fin du film, était paradoxalement très dure: l´un des producteurs était dans mon champ de vision et passait son temps à faire des grimaces et mimer des blagues espagnoles. Ce n´est pas l´idéal pour rester concentrée, non. Dans la peau de qui vous verriez-vous? Quelquefois dans celle d`une villageoise himalayenne, histoire d`avoir une vie simple. Pas plus reposante, mais plus vraie. Mais je ne suis pas certaine d´y etre heureuse à la longue. Meme si le business ciné me tape souvent sur le système, voire me torture. Jouer un personnage devant une caméra, en etre un autre dans les soirées, gérer les conflits, changer de registre tous les jours... Ce metier nécessite d´avoir la peau dure. |