Premiere Novembre `99 No 272

Droit comme un Lynch

Avec "Une Histoire Vraie", David Lynch remet Richard Farnsworth en selle.

Interview: Gérard Delorme

Photos: Jeannick Gravelines

 

Difficile de passer à coté d` Une histoire vraie. Le dernier film de David Lynch porte la patte inimitable de son auteur, tout en explorant des territoires jusqu`ici inédits. On a connu Lynch sombre, étrange et violent, le voilà lumineux, calme et serein, proche de la nature et des gens, signant un film visible par tout. Une histoire vraie avance en ligne droite, mais avec un tendance à éléver ses personnages et ceux qui les regardent. Lynch en parle avec des mots simple pour dire des choses apparemment évidentes. Peut-etre que ses films parlent d`eux-memes et n`ont pas besoin d`explications. Mais on est là pour lui en demander.

 

Le Titre

"Le titre original, The Straight Story, fait référence à la fois au nom du personnage (Alvin Straight) et à la facon dont l`histoire es racontée (straight= direct). Le titre francais ne veut pas seulement dire ce que ca a l `air de dire. Ca parle de la vérité et c`est une histoire vraie. Je pense que ce titre convient au film. Je sais que c`est particulièrement difficile de traduire un titre, et je m`en soucie beaucoup. Chacque mot est là pour une raison précise, et cette combinaison de mots est indispensable pour provoquer le sentiment voulu. Forcément, on a du mal à atteindre la meme précision en changeant la langue. Depuis trois ou quatre films, c`est la meme personne qui les tranduit en francais. J`ai confiance en elle."

Le Script de quelqu`un d`autre

"Depuis qu`elle en a entendu parler en 94, Mary Sweeney (avec qui je vis) est fascinée par le voyage d`Alvin Straight. Elle n`a rien pu en faire pendant longtemps parce les droits de l`histoire étaient bloqués, mais elle a fini par les obtenir en 98. Aussitot, elle s`est associée à l`un de ses amis d`enfance pour écrire le script. Ils me l`ont faire lire dès qu`ils l`ont eu terminé. Je ne pensais pas que j`aurais envie de le porter à l`écran. Je n`ai aucun problème à tourner le script de quelqu`un d`autre, mais ca m`arrive très rarement. Celui-là, aussitot que je l`ai lu, j`ai voulu en faire un film."

Tourner vite

"Il n`y avait pas d`autre solution. À partir du moment où on s`est décidés, à l`été 98, il a fallu trouver le casting, le financement, tout organiser et démarrer le film avant l`arrivée du mauvais temps. Alvin Straight a fait son voyage à la belle saison. Il se trouve que nous avons tourné dans l`ordre chronologique, et la nature a participé intégralement à notre project. Pas seulement en termes de météo, mais aussi parce que la nature évolue avec l`histoire: la terre devient plus vallonnnée, les arbres changent, la couleur du ciel aussi... L`automne arrive à mesure qu`on s`approche de la fin du voyage."

Road-Movie

"Sailor et Lula montrait un univers fou. Dans ce genre d`environnement, vous allez d`ici et de là, vous faites des rencontres, vous hésitez, vous cherchez, vous trouvez... et vous tombez dans les ennuis. C´est comme ca que je voyais le monde à l`époque où j`ai lu le livre. Au milieu de tout ca, il y a une histoire d`amour où l`homme et la femme sont égaux et se respectent mututellement. Ca m´a vraiement touché. Une histoire vraie est beaucoup plus direct - straight. L`émotion qui s`en dégage est très simple, mais ce qui est nouveau pour moi, c`est la facon de produire cette émotion par le rythme, la musique, les sons. C`est pourquoi je le considére comme un film expérimental."

Réalisme

"Nous avons utilisé la vraie maison d`Alvin. Elle était inoccupée. Nous l`avons un peu adaptée pour le tournage, mais à la base, c`est celle-là. Personne n`était maquille. Sauf Sissy, un tout petit peu parce qu`elle est venue avec des gens qui ont l`habitude de travailler avec elle. Autrement, les femmes se maquillaient et se coiffaient elles-memes. Richard Farnsworth porte ses propres bottes, et tout le reste aussi. Il n`y a que ses blue jeans qui viennent de chez le costumier. Il n`en possède pas d`aussi usés. Richard est un cow-boy, il a commencé dans le rodéo avant de devenir cascadeur.  C´est pour cette raison qu`il ne se considère pas comme un acteur; il n`a jamais suivi de formation ni de cours; pourtant, il est la définition meme de l`acteur; il produit quelque chose de vraie et de réel en exposant son coeur et son esprit."

Direction d`acteurs

"Je parle beaucoup aux acteurs, ensemble et séparément, mais, en fin de compte, ce sont eux qui ont le dernier mot. Richard (Farnsworth) particulièrement. Il n`est pas seulement  parfait pour ce role, il a aussi une présence et un esprit qui vous attirent vers lui. C`est dommage, mais c`est quelque chose qu´un réalisateur ne peut pas inventer; il ne peut pas mettre ca à l`intérieur des acteurs. ca doit venir d`eux."