Première, Novembre 1999

UNE HISTOIRE VRAIE  ***

Farnsworth /

I`m a poor lonesome conducteur de tondeuse

"The Straight Story". Road-movie pépère de David Lynch. USA. Avec Richard Farnsworth (Alvin), Sissy Spacek (Rose), Harry Dean Stanton (Lyle)... Scénario: Mary Sweeney, John Roach. Photo: Freddie Francis. Musique: Angelo Badalamenti. Prod.: Alain Sarde, Mary Sweeney, Neal Edelstein. Distr.: Bac Films. 1 h 51. Dolby SRD. 180 copies.

On s`en fout, on n`est pas pressé. Lorsque le vieil Alvin Straight apprend que son frère Lyle vient d`avoir une attaque, ni une ni deux, il décide d`aller lui rendre visite, là-bas dans le Wisconsin. Pourtant, il vit dans l`Iowa, il a 73 ans, il marche avec deux cannes et son médecin se fait du souci à son sujet. En plus, Alvin n`a pas le permis et déteste se laisser conduire. Qu`à cela ne tienne, il ira en tondeuse à gazon. Ca prendra six semaines, mais après tout, ca fait dix ans qu` ils ne se sont pas vus, les deux frères. Et à cette allure, il profitera du paysage.

Un film qu`Edward Hopper aurait pu faire. À ceux que le résumé ci-dessus pourrait rebuter, il faut préciser que chacque étape du voyage est l`occasion pour Alvin de faire des rencontres, de raconter par bribes sa vie et l`importance affective de cette expédition. Mais à vrai dire, meme si Richard Farnsworth compose le plus attachant des grands-pères, ni cette histoire (authentique, comme le titre indique), ni les personnages croisés au fil de la route ne constituent l`intéret majeur du film. La morale en est banale, voire conservatrice, car il est rare que le 3me age veuille tout faire péter. Pour décrire son charme puissant, on ne voit rien de mieux que l`oeuvre du grand peintre américain Edward Hopper (lire encadré). Comme Hopper, Lynch (né à Missoula, Montana) s`attache ici à cette Amérique profonde dont la tranquilité est si peu sereine. À la beauté des champs de blé, des gens qui regardent devant eux en pensant au passé, des lumières dans la nuit, d`une naturequi semble toujours prete à se refermer sur ses enfants.

David Lynch, la beauté des champs de blé? Mais passé la première surprise, on se rend compte que Blue Velvet et Twin Peaks regardaient en fait dans la meme direction, une certaine carte postale de la petite ville américaine. Lynch change simplement de lunettes. Ce n`est plus le trouble er la perversion qu`il veut dénicher  cette fois. Ce serait plutot quelque chose à sauver. Lui qui a toujours manié le malaise et l`angoisse se montre tout aussi habile avec des émotions plus positives, plus délicates. Il réussit l`exploit de se tenir toujours à distance de la mièvrerie et du ricanement, pour accomplir précisément ce qu`il s`est promis - ramener Alvin Straigt à son frère, physiquement et psychologement - avec la meme obstination et la meme légèretè que son héros.

Gilles Verdiani