|
Le Monde November 3rd 1999 |
|
David
Lynch, réalisateur
"Un film expérimental qui me demandait de jouer en permanence sur la subtilité" "Une histoire vraie a été distribué par Disney aux États-Unis, une compagnie qui semble très éloignée de votre univers. Est-ce un choix qui vous enchante? - Mon film pourrait passer par un film de Disney, mais un Disney qui cultiverait son étrangeté. Disney était l`un des pionniers de l`animation, puis on est passé à Disneyland, qui est une orientation qui m`enchante beaucoup moins. Franchement, je ne croyais pas que finirais par travailler un jour pour Disney. Mais leur enthousiasme est peut-etre du à la structure du film, qui fonctionne, en premier lieu, à la surface. Vous découvrez d`abord Alvin Straight et sa fille Rose, les choses vous sont ensuite révélées et vous finissez par savoir ce qui se passe en eux. Une histoire vraie est un film très simple, linéaire, ce qui le rendait très difficile a réaliser, car il y a très peu d `éléments avec lesquels il est possible de jouer. Je dirai qu`il s`agit pour moi d`un film expérimental qui me demandait de jouer en permanence sur la subtilité. - C`est la première foisqu`un de vos films est distribué par une major américaine aux États-Unis. - J` ai commencé avec Mel Brooks sur Elephant Man pour un drame victorien, puis avec Dino De Laurentiis, qui est dernier grand producteur italien, et les francais, Ciby 2000 et Canal+. Avec Dune, produit par De Laurentiis, j`ai été aussi loin que je le pouvais dans le cadre d`une grosse production, mais je ne disposais pas de toute la liberté dont j`avais besoin. De Laurentiis a gardé sa parole et m`a permis de réaliser Blue Velvet par la suite. J´ai toujours eu la chance de pouvoir travailler avec des gens qui aiment le cinéma. Lost Highway, votre précédent film, jouait sur une distorsion de la narration et une complexité scénaristique absente d`Une histoire vraie. Pourquoi avez-vous choisi de réaliser un film qui parait à l`opposede tout ce que semblait etre votre cinéma auparavant? - Je vais vos raconter une anecdote. Un de mes amis est alle voir Une histoire vraie dans une salle de cinéma à Los Angeles. Derrière lui, il y avait une vieille dame qui lui a dit: "C` est intéressant, je ne savais pas qu` il avait deux metteurs en scène qui s`appellaient David Lynch." Je veux croire qu`Une histoire vraie est un film que j`aurais pu réaliser il y a dix ans, meme si le personnage principal en a soixante-treize. J`ai tenu à ce que le directeur de la photo du film soit Freddie Francis, c`est-a-dire un homme agé qui puisse mieux réagir à l`histoire. Une histoire vraie est en fait très proche d`Elephant Man, qui jouait déjà beaucoup sur l`émotion. - Comment avez-vous choisi Richard Farnsworth pour le role d`Alvin Straight? - Je suis content que son nom m`ait été proposé. Je ne vois pas d`autre comédien qui aurait pu faire un aussi bon Alvin Straight. Il est dans absolument chacque scène. Richard Farnsworth avait des problèmes physiques, il ne croyait pas qu`il pourrait rester toute la journée sur un tracteur sans ressentir de douleur, mais, en cours de tournage, il m`a semblé rajeunir. Il ne se considère pas comme un comédien, alors qu`il est l`un des meilleurs. Il était cascadeur auparavant, n`a jamais étudié la comédie et se prend encore por un cow-boy. - La musique d`Angelo Badalamenti est très différente des compositions qu`il avait signées sur vos précedents films. Comment travaillez-vous ensemble? - Angelo Badalamenti a une formation classique, mais il a en fait oeuvré dans presque tous les genres musicaux. En général, nous nous asseyons ensemble, je lui parle, et il commence a jouer. Il joue ce que je lui dis; si je dis autre chose, la musique change - et ainsi de suite jusqu`à ce que l`on trouve le ton juste. Une fois que nous nous trouvons sur la bonne route, Angelo l`élargit. La musique d`Une histoire vraie a été enregistrée en une journée."
Propos recueillis par Samuel Blumenfeld
|