| Études, revue mensuelle, No.1 373 / 6, (Dec. 1990) |
| Sailor et Lula de David Lynch
Il est facile d`ironsier sur le dernier film de David Lynch. On n`y a pas manqué, dès le festival de Cannes où la Palme d`Or fut, plus que jamais, contestée. Une histoire enfantine avec belle-mère sorcière et méchante: parce que le petit ami de sa fille a dédaigné ses avances., lodieuse bonne femme (laide avec des ongles rouges et crochus) lance des tueurs à ses trousses.Une première séquence-choc montre un noir armé d`un cocteau qui se jette sur Sailor. C'est le noir qui se fait tuer, sous les yeux horrifiés de la douce Lula et de sa perfide maman, cachée derriere une colonne (cela se passe dans un décor de tragédie classique, escalier monumental, robes longues, mais avec beaucoup de sang et beaucoup de bruit). Apres, il ne reste plus à Sailor et Lula qu' à remplir leur contrat : deux heures de poursuite, de motel en desert, jusqu' à èpuisement des tueurs, K.O. de la belle-mère, happy end. Sous rèserve d'une seconde vision, je ne suis pas sur que Sailor et Lula mérite tant de mépris. Il est fait comme la plupart des films aujourd'hui: violence hypertrophiée (dans les situations et dans la mise en scéne), bande sonore pour porteurs de Walkman, effets agressifs (gros-plans sur vomi avec mouches, sur un bandit décapité lors d'un hold-up, galerie de cadavres sanguinolents apres un accident de la route), et, bien sur, longues scènes de sexe attendues (qui ont fait réagir la censure américaine). Faut-il ajouter que Sailor et Lula sont de vrais gamins demeurés ? Pourtant, je n'ai pas envie de démolir ce film. Car il est naif là où les autres sont roublards. Lynch fait avec sincérité ce qu'on pratique ailleurs sans y croire. Pour ma part, je préfère cette naivetè au cynisme et à la dérision. Lynch croit à ce qu'il raconte. Et je me demande si ce nest pas cela, précisément, qu'on lui reproche. Jean COLLET
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